DÉCLARATION DES INCULPÉS DE LAEKEN AU SUJET DU DÉROULEMENT DU PROCÈS

 

 

Benjamin, Marek et Niels sont trois Allemands inculpés après leur participation au contre-sommet de Laeken en décembre 2001.

Lors de leur procès, le 13 mai dernier, le tribunal a refusé qu'ils s'expriment.

Nous publions ici le texte de la déclaration qu'ils avaient l'intention de prononcer.

 

 


 

Nous nous permettons de prendre la parole ici et maintenant car durant toute la durée du procès nous n'avons jamais pu vraiment nous exprimer, et le tribunal ne s'est à aucun moment intéressé à notre version des faits.

Nous ne sommes pas prêts à accepter ce manque de prise en considération.

Seules les déclarations de quatre agents de police, qui de plus sont très contradictoires entre elles, ont été prises en compte (en tant que preuves) et considérées comme vraies à 100%. Nos témoins, par contre, ont été estimés peu crédibles et nous-mêmes n'avons jamais été interrogés au sujet des événements mêmes.

De plus, notre droit à une traduction convenable n'a jamais été respecté, ce qui renforce notre impression que notre participation dans le déroulement du procès n'était pas souhaitée. Même si nous ne pensons pas que nos déclarations influenceront le jugement en aucune manière, il est dans notre intérêt de livrer une description des événements du 14 décembre ainsi que des circonstances de notre arrestation qui correspondent à la réalité de faits.

Après avoir participé, le 14 décembre dernier, à la manifestation organisée en signe de protestation contre le "Sommet de Laeken", le sommet de clôture de la présidence belge de l'Union Européenne, nous nous sommes rendus, tout comme la plupart des participants, au site de Tour et Taxi pour y assister au concert qui devait s'y tenir. A ce moment là, la manifestation était officiellement terminée.

A l'intérieur du site nous avons acheté de quoi manger et avons rejoint le chapiteau installé dans la partie arrière du terrain.

Au prétendu moment des faits, nous étions en train de manger à l'intérieur du chapiteau. Nous n'avons appris que plus tard la confrontation qui aurait eu lieu à ce moment là devant le portail du site. Par conséquent nous estimions que la situation était calme quand nous avons finalement pu quitter le site pour rentrer à notre lieu d'hébergement. Mais au premier coin de rue, un groupe d'à peu près dix hommes se sont alors rués sur nous, nous plaquant brutalement au sol. Nous avons ensuite été ligotés, mains au dos au moyen de menottes en plastique. C'est seulement plus tard qu'ils nous ont dit appartenir à la police. Ils nous ont maltraités, brutalisés, humiliés, insultés et même menacés de mort. L'un de nous a été menacé d'être jeté dans le canal ligoté, ce qui correspond à une exécution simulée.

A nos questions sur les motifs de l'arrestation ils ne nous ont répondu en allemand que par des expressions insultantes et humiliantes à caractère sadique et fasciste.

Une explication sérieuse, mais pas assez concrète, sur les faits qui nous étaient reprochés, nous a été donnée pour la première fois au poste de police.

Même le lendemain, lors de l'interrogatoire par le procureur du Roi, aucun fait concret n'a pu nous être reproché.

Tout au début du procès, les questions du juge envers nous ne concernaient que nos habillements, notre position au sujet de la violence et nos motivations politiques et idéologiques, et dans ces cas encore, nous n'avons pas eu le temps de vraiment nous exprimer.

De tout ce qui précède nous concluons que la répression que nous subissons, de l'arrestation jusqu'à l'actuel procès, n'est pas la poursuite d'un délit mais bien un essai de criminaliser ledit "mouvement antimondialisation".

Il s'agit juste d'une partie supplémentaire de la campagne de répression massive qui s'exprime par des actions brutales contre les manifestations et les individus, des arrestations arbitraires (ex: sur base de la tenue vestimentaire), des limitations drastiques de la liberté individuelle par la surveillance ou l'interdiction de rentrer ou de quitter un pays ou encore dans de nombreux procès injustes. Mais nous ne nous laisserons pas intimider car nous savons que nous sommes dans notre droit et que nous sommes nombreux dans cette lutte pour une mondialisation juste et un monde meilleur.

Notre arrestation a été arbitraire et illégitime. Les faits qui nous sont reprochés sont "tirés par les cheveux" et ne correspondent pas à la réalité.

Nous nous déclarons innocents des faits qui nous sont reprochés. Ce n'est pas nous qui avons commis un délit, nous sommes les victimes d'un délit commis par la police.

C'est pour toutes ces raisons que nous croyons fermement que toute l'accusation doit être retirée.

Nous demandons l'acquittement.

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« Niels, Benjamin, Marek

Bruxelles, le 13 mai 2002.