LA FORCE NAVALE BELGE IMPLIQUÉE DANS LE COUP D'ÉTAT AU VENEZUELA

 

Raf Custers (trad. Françoise)

 

La force navale belge ainsi que la marine néerlandaise étaient, du moins indirectement, impliquées dans le coup d'état (manqué) qui s'est déroulé au Venezuela en avril dernier.

Leur formule était « nous surveillons la porte arrière de l'Oncle Sam pendant qu'il fait un home-jacking chez un voisin emmerdant ».

 

 

 

 


 

Cela fait en effet deux ans que les forces navales de Belgique et des Pays-Bas font des manouvres aux Caraïbes sous les commandes des Gardes Côtiers américains. Il s'avère maintenant que l'armée américaine était particulièrement active au Venezuela avant et pendant le coup d'état réactionnaire contre le président Chávez. C'est la quatrième année que la marine belge participe à des opérations policières en Mer Caraïbe.

Le gouvernement belge s'est toujours montré très réticent à communiquer de l'information à propos de ces manoeuvres et n'a jamais divulgué le contenu des accords avec les Etats-Unis.

La collaboration a commencé début 1999, lorsqu'une flotte belgo-néerlandaise est partie participer à un 'exercice' au large de Puerto Rico. Selon le Ministre Poncelet, la mission se limitait à l'époque à de la 'détection et identification' en faveur des opérations américaines contre la drogue. Si l'on examine les activités des garde-côtes américains d'un peu plus près, on peut voir que dans huit cas sur dix il s'agissait de chasser ou de déporter des immigrés clandestins. Peu de temps après, les bombardements de l'OTAN commençaient en ex-Yougoslavie. Suite à ces bombardements, la frégate F912 Wandelaar était rappelée dare-dare des Caraïbes pour aller en mer Adriatique et y faire respecter le blocus anti-Yougoslave. Début 2000, le Wielingen, une autre frégate belge, partait dans les Caraïbes pour y participer à des manoeuvres de l'OTAN suivant un scénario d'un 'ouragan imaginaire' sur Puerto Rico. Le Wielingen faisait à l'époque partie du Standing Naval Force Atlantic (STANAVFORLANT) du pacte d'agression atlantique. La propagande entourant cet exercice parlait d' « opérations de secours et d'assistance », mais en réalité le Wielingen faisait à nouveau un travail d'intelligence (c'est-à-dire, d'espionnage), ou, comme le formule l'armée belge, «contribuer à la constitution d'une image de surface et aérienne de la région des Caraïbes. Les senseurs des frégates sont optimalisés contre des avions rapides et bas, mais également contre des bateaux rapides. » 

C'est seulement à la fin de 2001 que le gouvernement belge a conclu un accord de collaboration formel avec les Etats-Unis pour « combattre les transports de drogue en Mer Caraïbe ». En 1999, l'idée d'un « Memorandum of Understanding » était lancée, mais seulement pour les cas spécifiques où les douaniers américains devraient opérer depuis les navires belges. Ceci ne s'est jamais passé, selon les documents dont nous disposons. A la même époque, la frégate F910 Wielingen prenait place dans une escadrille Hollandaise et Allemande aux Caraïbes.

Fin 2001, la croisade américaine contre "le terrorisme" met fin à la routine qui s'était installée au cours des dernières années. La Belgique participe tout de suite à la guerre contre l'Afghanistan. Non seulement l'Armée de l'Air envoie des C-130 (en avril 2002 un nouveau détachement Belgo-Portugais se met en route pour le Pakistan « pour y approvisionner les troupes de l'ISAF/International Security Assistance Force for Afghanistan »), la force navale livre également son effort de guerre Sa méthode est connue : alors que les navires de guerre américains opèrent près de l'Afghanistan, les navires belges exécutent des tâches d'arrière-flanc, cette fois dans la partie orientale de la Méditerranée où elle observe et intercepte des navires marchands.

La « lutte contre la drogue » aux Caraïbes est donc moins importante début 2002 qu'elle ne l'était au cours des années précédentes. Au début du mois de février, un hélicoptère de type Alouette est embarqué à bord de la frégate néerlandaise HNLMS Bloys van Treslong, qui se met en route vers la mer qui sépare la partie orientale des Etats-Unis de Cuba et des côtes du Venezuela et de Colombie. Arrivé à destination, l'Alouette opère depuis la frégate néerlandaise HNLMS Abraham van der Hulst. Les Belges et les Néerlandais obéissent aux ordres américains et coordonnent leur action avec les service d'espionnage américains. Ceci apparaît clairement lorsque, fin mars, le Bloys de Treslong est envoyé à l'encontre d'un caboteur panaméen « lors de patrouilles côtières aux environs de Curaçao ». Le navire panaméen trafique de la cocaïne. La frégate néerlandaise, quant à elle, transporte un 'Law Enforcement Detachment' à son bord.

Résumons: dans le cadre de manouvres de l'OTAN, la marine belge et néerlandaise rendaient service aux garde-côtes américains (soi-disant pour la lutte contre le trafic de drogue dans les Caraïbes, pendant que les Coast Guard chassent surtout les clandestins), mais lorsque les américains partent en guerre (printemps 1999 en ex-Yougoslavie, automne 2001 en Afghanistan), ils exécutent des tâches d'arrière-garde, grâce auxquelles ils allègent la tâche d'Uncle Sam, dans le cadre de la mondialisation, en l'aidant à lutter contre les états résistants. Le Venezuela du président Hugo Chávez est l'un de ses pays qui méritent une leçon. Chávez refuse en effet de marcher au pas, tant sur le plan national qu'international. En tant que président de l'OPEC, le club des pays exportateurs de pétrole, il demande avec insistance que les membres respectent les quotas de production, ce qui maintient le prix du pétrole et les revenus pour les producteurs à un prix élevé. En outre, il rompt l'embargo économique des Etats-Unis mis en place il y a près de quarante ans contre Cuba en signant un contrat de livraison de pétrole très avantageux.

Peu de temps après l'élection de Chávez en 1998, les médias américains «établis» lancent de diffamation à son encontre. Alors que, au printemps 2002, se prépare le coup d'état réactionnaire qui mettrait en place le patron des patrons vénézuéliens Carmona, ce ne sont pas seulement les champions du complot de la CIA qui s'activent, les militaires entrent
également en jeu.

À propos de la CIA.

 

Plusieurs mois avant le coup, la CIA avait déjà assuré la victoire de Carlos Ortega aux élections syndicales du secteur pétrolier. Ortega est, après Carmona, le numéro deux des comploteurs. Tout au long du coup, les grands bonnets de droite vont et viennent à l'ambassade américaine à Caracas.

Mais, comme nous l'avons dit plus haut, les militaires américains furent aussi mis dans le coup.

NarcoNews [http://www.narconews.com] le prouve en citant des passages d'un rapport de Wayne Madsen, un ancien fonctionnaire de la National Security Agency (NSA). Ce rapport cite les faits suivants. La US Navy faisait, sous le couvert de manouvres en Mer Caraïbe, du «intelligence and communications jamming support » (c'est-à-dire qu'ils espionnaient et brouillaient les communications, NDT) au service des militaires vénézuéliens impliqués dans le coup d'état contre Chávez. Des navires de l'US Navy SIGINT surveillaient la communication des ambassades de Cuba, Libye, Iran et Irak à Caracas. Le personnel de la NSA stationné à Key West (Floride), Sabana Seca (Puerto Rico) et Medina (Texas) traduisaient l'information de et vers l'espagnol et transmettaient, au moment du coup, des informations secrètes à l'Etat-Major de l'armée américaine et au Pentagone. Madsen écrit : "From eastern Colombia, CIA and US contract military personnel, ostensibly used for counter-narcotics operations, stood by to provide logistics support for the leading members of the coup. Their activities were centred at the Marandua airfield and along the border with Venezuela."

Mais ce n'est pas tout. Au même moment, des avions américains patrouillaient en Equateur et des navires de la US Navy étaient en manoeuvre au large de Puerto Rico, prêts à évacuer les américains.

Ces navires sont, entre autres, le porte-avions USS George Washington et les destroyers USS Barry, Laboon, Mahan et Arthur W. Radford, dont certains avaient à leur bord des unités de la NSA, spécialisées dans la transmission d'information opérationnelle aux agents américains présents sur le terrain pour entretenir le contact avec les mutins vénézuéliens. 

Donc, pendant que ces activités secrètes se déroulaient, la Force Navale belge et néerlandaise faisait la "chasse à la drogue" pour les garde-côtes américains. Ou encore : alors que le super-flic américain accompagnait un home-jacking chez Hugo Chávez, "nos hommes" faisaient la garde dans les environs. Et on appelle ça « la lutte contre le terrorisme ». 

 

Vient de paraître

 

 

STAY-BEHIND :

 

OPERATION MANQUEE AU VENEZUELA

 

 

Les manifestations apparemment sauvagement réprimées par le pouvoir vénézuélien, la démission du président Chavez sous la pression de l'armée, puis la constitution d'un nouveau gouvernement civil aurait pu apparaître comme une succession chaotique d'événements tragiques.

Pourtant, la fuite précipitée du nouveau pouvoir devant un soulèvement populaire a permis de mettre en lumière les dessous d'une opération en réalité planifiée par Washington.

Une occasion rare d'observer et d'analyser les méthodes d'ingérence du réseau "stay-behind".

 


Enquête publiée dans les Notes d'information du Réseau Voltaire

http://www.reseauvoltaire.net/


La liberté libérée ?