ALLONS ENFANTS DE L'ANARCHIE…

LE JOUR DE TYRANNIE EST ARRIVÉ !

 

Le 15 décembre 2001, a eu lieu, à Bruxelles, une manifestation anarchiste de protestation contre le sommet de Laeken.  A cette occasion, une affiche avait été éditée et diffusée en préalable sous le nom de son éditeur, conformément à la législation belge.

 

Cette affiche ne fut pas un appel CONTRE quoi que ce soit et, en particulier, contre ledit sommet, mais POUR un monde de justice, d'equite, de fraternite…, soit POUR des VALEURS dont se revendiquent les alpinistes qui ont escaladé le sommet en question !

 

Cette affiche a fait la une d'Alternative libertaire et a été reprise par de nombreux sites d'organisations.

 


 

En marge et, surtout au terme de cette manifestation – écho des violences et provocations policières – quelques dégradations ont eu lieu : vitrines de banque, de sex-shop…, voitures… lapidées.

 

Or, depuis avril dernier, le camarade éditeur de l'affiche est régulièrement convoqué par les pandores, non en tant qu'éditeur de l'affiche mais comme organisateur de la manifestation et, à ce titre, poursuivi par l'Inquisiteur du roi comme responsable des dégâts collatéraux.

Ce harcèlement inquisitorial est révélateur. A l'évidence, il a pour objectif de faire craquer notre camarade et, en lui faisant avouer sa culpabilité, opérer une double novation jurisprudentielle consistant à assimiler "éditeur-trice d'affiche" et "organisateur-trice de manifestation" et à charger l'organisateur-trice de la responsabilité des événements et, notamment, des incidents post-manif !

 

Qu'on se rassure tout de même : notre camarade est un dur à cuire et, pour le moment, même placé sur le gril du questionnement intensif, il n'est toujours pas cuit au point d'avouer quoi que ce soit, sauf son état-civil, du moins… tant qu'il ne sera pas frappé d'amnésie post-traumatique.

D'ailleurs, le bougre persiste… à ne pas signer !

Toutefois, si pour le moment, est encore… ordinaire, il est à craindre qu'elle ne devienne extraordinaire puisque nous sommes bien dans une procédure – pour ne pas dire un procès-jugement – inquisitorial dés lors que si l'acte d'accusation est révélé, en revanche, le-la-les plaignant-e-s tout comme l'accusateur (Tomás de Torquemada ?) sont toujours anonymes.

 

Depuis le 11 septembre 2001, on le sait, l'ordre règne en vertu d'une justice… illimitée, c'est-à-dire d'une force aveugle qui, comme aux bons vieux temps, est l'union sacrée du sabre et du goupillon, de la force et de la morale.

 

Il s'ensuit que notre camarade, sans autre forme de procès que des convocations intempestives à valeur de notifications accusatoires, tombe sous le coup de cet état de grâce qui est désormais le lot de tout un-e chacun-e : celui de la présomption de culpabilité. Un état – une servitude au sens originel du terme - dévolu à celles-ceux qui n'ont pas l'heur d'être né-e-s et de vivre en haut et qui, crime de lèse-ordre qui plus est, ont l'impertinence de contester cet ordre bétailler dans lequel on les condamne à vivre et qu'on leur interdit de… contester, même pacifiquement et même simplement de cœur, de pensée !

Puisque l'ordre règne et doit régner, la révolte, la rébellion, même à forme de crise d'adolescence, sont bien entendu strictement interdites. Plus rien ni personne ne doit sortir des rangs et on ne doit plus rien entendre, sauf les mouches voler qui survolent le troupeau pour… moucharder les brebis galeuses et autres canards boiteux !  [Circonstance aggravante pour notre camarade : à chaque fois, il se rend à Canossa vêtu d'un T-shirt orné d'un slogan blasphématoire "Flics partout, justice nulle part", ce qui, sans aucun doute, constitue un outrage à ces justes que sont les janissaires modernes de l'ordre et dont certaines mauvaises langues disent qu'ils ne risquent pas de perdre leurs choses puisque… nés sans !].

 

Cette présomption de culpabilité n'est pas isolée. Elle est systématiquement appliquée à tous-tes ceux-celles qui… manifestent ou tentent de manifester, c'est-à-dire de sortir des rangs. Ainsi, comme le bon vieux Index les crimes présumés et donc les criminels patentés ne cessent de s'allonger puisque tout est bon pour révéler cette culpabilité universelle qui est celle du refus de l'ordre en place : faciès, couleur de peau, coiffure, dégaine, tenue vestimentaire, lecture, écriture, goûts artistiques, lieu de résidence (forcée ?), origine sociale…

 

Parce qu'elle est plus aveugle que jamais, la justice de l'ordre régnant est… totalitaire

"Accusez, jugez et emprisonnez ou exécutez les tous puisque, coupables a priori, machin reconnaîtra les siens et les récompensera outre-pas"

et inventive…

…en qualifiant par exemple de dégât collatéral les débordements de ses meutes aboyantes et mordantes (comme, par exemple, le bombardement d'une noce villageoise en Afghanistan, un missile sur un quartier populaire en Palestine, l'invasion d'un cité en France…) et de délits, pour ne pas dire de crimes, des actes commis par des inconnus – et que l'on ne se donne même pas la peine de rechercher ! – en marge d'une manif bruxelloise et en vouant à la vindicte policière un affichiste qui était passé par là !

 

Pour les anarchistes, la vigilance est plus que jamais de règle puisque, révolté-e-s par nature, ils ont l'insigne honneur [au passage, mieux vaut cet insigne] d'être à présent des présumé-e-s terroristes, autrement dit des boucs émissaires rêvés pour endosser la responsabilité des turpitudes de l'ordre régnant  et que les placards autorisant leur chasse-tir à vue est déjà à l'impression !

 

Ce devoir de vigilance, nous devons solidairement et fraternellement l'assumer sans compter à l'égard de chacun-e d'entre nous et, pour ce qui nous intéresse, de notre camarade affichiste.

 

 

Et puisque cet ordre que nous vomissons est bourgeois, ne manquons pas de rappeler à la bourgeoisie que, pour installer son ordre, elle fut jadis… révolutionnaire, que, pour piquer le pouvoir aux rois et aux curés, elle se fit même… terroriste et qu'elle proclama dans la "Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen" de 1793 (dite montagnarde et donc… d'en haut) :

 

"- Article 6 : La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui : elle a pour principe, la nature ; pour règle, la justice ; pour sauvegarde, la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : Ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait ;

- Article 7 : Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s'assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits. La nécessité d'énoncer ces droits suppose ou la présence ou le souvenir récent du despotisme.

- Article 27 – Que tout individu qui usurperait la souveraineté soit à l'instant mis à mort par les hommes libres.

- Article 33 – La résistance à l'oppression est la conséquence des autres droits de l'Homme.

- Article 34 – Il y a oppression contre le corps social lorsqu'un seul de ses membres est opprimé. Il y a oppression contre chaque membre lorsque le corps social est opprimé.

- Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs".

 

 

Notre camarade, comme tant d'autre, est menacé ; ne nous faisons pas d'illusion : nous sommes tous-tes menacé-e-s et, même si nous ne sommes pas un-e sur cent, nous existons et existerons. Suffisamment joyeux-ses pour partager le pain de l'amitié et chanter :

Allons enfants de l'Anarchie
Le jour de la révolte est arrivé
Contre nous de la tyrannie
L'étendard sanglant est levé
Entendez vous contre les manifs mugir ces féroces mascarades
Ils viennent jusque dans cages d'escalier arrêter nos camarades
Groupez vous les anars !

Levez le drapeau noir !
Marchons, marchons, que la bière abreuve nos gueuloirs !

Que veut cette horde de sbires
De friqués, de gouvernants conjurés, de curés, de tristes sires ?
Pour qui ces ignobles colliers,
Ces fers dès longtemps préparés ?
Pour les anars, ah ! Quel outrage  !
Quels transports il doit exciter !
C'est à nous qu'on ose demander
De rentrer dans le troupeau et de porter les fers de l'esclavage !

Tremblez, tyrans ! Et vous, perfides,
L'opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets liberticides
Vont enfin recevoir leur prix.
Amour sacré de l'Anarchie
Conduis, soutiens nos bras vengeurs !
Liberté, Liberté chérie !
Résiste avec tes défenseurs.
Sous notre chiffon noir, que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirant
Voient ton triomphe et notre gloire !

 

Il est des lois naturelles qui sont réellement universelles et intemporelles : comme celle de refuser l'injustice et de se rebeller contre des lois injustes. La présomption de culpabilité, parce qu'elle est contraire aux principes mêmes du droit bourgeois, est une loi inique. Tyrannique. Et quand bien même elle ne serait pas une loi mais un usage juridico-militaro-policier que la Justice régnante tolèrerait  pour permettre aux capitalistes de mieux et plus se repaître des fruits (juteux) d'une exploitation débridée sous couvert de lutte contre le terrorisme et pour la sécurité, le devoir de révolte n'en est que plus… naturel et légitime puisque opposée à la tyrannie.

 

 

 

«JC