Les Béruriers sont les rois

    Hein !, donc, pourquoi ce nom là précisément et pourquoi pas 2B3 ou GSQUAD ? ? ?!!!
Ce nom-là trouve ses racines dans le début des bérus en 78. Les membres du groupe qui vient de se former, Olaf, Pierrot, François, cherchent désespérément un nom pour leur groupe... et ce sont les titres des livres de San Antonio qui vont lui donner l'idée géniale de s'appeler "Bérurier" . Une fois ce nom trouvé, le départ est donné.

"On va faire un groupe très fort, ca va être bien fou, bien punk. A tout casser. Y faudrait que ce soit crade, dégueu, dingo et bien méchant. On va être des

hurleurs de première"

     Sur une base un peu équivalente à Metal Urbain, c'est à dire une voix, une boîte à rythme et une guitare saturée jusqu'à en devenir inaudible, Ils vont former le groupe punk incourtournable de la scéne francophone.
Les voilà partis à l'aventure dans les squatts et les concerts perdus au fond d'une cave. Sans pitié le groupe change plutôt souvent de nom: Béruriers rebelles, Béruriers Véritables, Béruriers Army, Béruriers Moines, Béruriers UTDM, Béruriers Fighters, Peste, Barbelés, Poli-Mili,....et j'en passe le double.....
    N'empêche, le groupe (enfin surtout les membres) n'échappe pas aux problèmes. Pierrot se voit obligé de suivre une cure de désintoxication tellement il est imbibé d'alcool.

"Olaf et Pierrot étaient pétés tout le temps, ils se faisaient vraiment repérer avec leur bananes et systématiquement embrouiller"

Pavillon 36

    Pierrot accumule les tentatives de suicide et bien vite le voilà appeler pour le service militaire. Il ne lui faudra pas longtemps pour se rendre que l'armée ne l'intéresse pas vraiment et qu'il est pour lui beaucoup plus intéressant de déserter. L'état ne semble pas d'accord et une fois Pierrot repris, il l'envoie direct en prison, ou plus précisément et pour faire moins barbare en incarcération psychiatrique. "Le pauvre, on veut juste l'aider mais il ne comprend pas" dirait un super responsable!

"La bataille de Pali-Kao"

    Pour remplacer Pierrot à la guitare les Béruriers font appel au guitariste du groupe Guernica, Loran. Après quelques participations, il s'installe définitivement au sein des béruriers. Décembre 82, voilà que Olaf, alors en service militaire en Allemagne, annonce à François qu'il quitte le groupe...Au vu de cette dissolution progressive du groupe, François et Loran décide de faire un concert d'adieu et de mettre un terme à la carrière des Béruriers. En signe de deuil et de regret, ils adoptent un nouveau nom.... les Béruriers Noirs. Le concert d'adieu se déroule le 19 fevrier 83 à l'usine de Pali-Kao (autrement dit un squatt du XXème arrondissement) et c'est là que se crée le véritable esprit Bérus.

 

 

"Le nom Bérurier Noir avait été trouvé à une occasion bien précise, pour un concert qui devait être une performance. Je me souviens, avec Loran, on ne s'était pas vraiment concertés. On savait ce qu'on allait chanter. Moi, j'avais les textes, je ne les connaissais pas par cœur, je les lisais. C'était plus de la poésie. Et puis j'avais amené une valise avec des accessoires. Je me suis déguisé parce qu'en fait Pali-Kao avait exigé une performance sur scène. Ils n'acceptaient que les groupes qui avaient une idée artistiques, les Rita Mitsouko par exemple. Je ne me suis pas vraiment préparé, je me suis déguisé sur place." François

    Et voilà que le style Béruriers avec ces déguisements, ce jeu de scène si excellent commence à voir le jour. L'instantanéité bérurière, voilà ce qui était née....

"Il faut faire les choses sur le vif et c'est plus réel, plus authentique; il y a des groupes qui répètent un an avant de faire un concert, ce sera peut être très au point, très technique, mais ils n'auront pas le feeling avec le public. C'est comme un graffiti d'ailleurs, c'est fait sur le vif, en quelques secondes, et on ne réfléchit pas des heures devant le mur à savoir comment on le fait." Loran

    Et voilà le public qui pousse les deux survivants des Béruriers à poursuivre dans le style Bérurier Noir. Les deux ne se font pas priés et font le tour des labels indépendants pour chercher à enregistrer leur première création.... c'est finalement V.I.S.A qui les signera après que les bérus aient été refusé par bon nombre d'autre label.
Mais voilà que le deuxième concert des Béruriers Noirs approchent. Cette fois-ci c'est dans la salle de La Roquette...et ils sont attendus.... Pourtant le spectacle sera encore plus tripant que prévu par le public impatient... plus de déguisements, de décors (des toiles peintes par François). 1000 spectateurs bougent au rythme de Dédé et les bérus devront reprendre 3 fois lobotomie pour satisfaire ce public.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Macadam Massacre

 Concert à Paris

 

 

 

Nada

    Il n'empêche.... le succès ne va pas venir troubler l'esprit des Bérus qui vont rester fidèles à leur esprit... si bien que lors d'un concert au Liberty's (boîte branchée du quartier latin) les bérus vont finalement jouer dehors, devant la porte. Si le prix d'entrée (35 francs) n'étaient pas très élevé les boissons étaient tout de même beaucoup plus cheres, dans les 25 balles; et les dirigeants du Liberty's avaient eu la bonne idée de fermer les aérations histoire de réchauffer l'atmosphère....Pourquoi ne pas boire un coup vu la chaleur ambiante hein?! Les Bérus devant la porte, les flics débarquent mais le public fait corps autour de la scène sur laquelle se déchaînent les bérus!

"A la suite d'une embrouille avec Le Liberty's où l'on devait jouer, on a décidé, à la date prévue, de faire le concert devant la boîte, dans la rue! Gaz lacrymo et les Bérus qui continuaient à jouer avec leur masque à gaz!"

Nada    Euh, z'ensuite, c'est le premier enregistrement, c'est un maxi du joli nom de Nada! Dedans se trouve La Mort au Choix, Nada 1, Bûcherons, Nada 2, Lobotomie et Nada 3.

    Juin 1983. Fête de la musique. Dans Paris, les Bérus placardent affiches après affiches. "Cherchez les BxN dans le métro!". Sur l'affiche, on voit un gentil monsieur, avec le logo de la RATP et un fusil, cagoulé, faisant la chasse aux Bérus! Le défi est lancé, les Bérus seront dans le métro, à vous de les trouver!

"Il y a eu le concert sauvage dans le métro. On s'est installé un matin avec nos amplis à piles dans les couloirs et sur les quais de la station Daumesnil. On n'avait prévenu personne. Donc on s'est installés et on a commencé à jouer. On avait des jacks suffisamment longs pour courir dans toute la station en jouant. Et en fait la station a été désertée et plus personne ne sortait ni n'entrait dans le métro. Les agents de la RATP, voyant les honnêtes citoyens s'enfuir à toutes jambes et entendant un boucan d'enfer, sont descendus voir ce qu'il se passait. Ils nous ont vu. Nous ont dit de partir. On a joué encore plus fort "J'ai peur", ils sont repartis affolés et ont appelé les flics. Quand les flics sont arrivés, on a tout remballé et on a été jouer sur la place du marché d'à côté, au grand plaisir des charcutiers, des fleuristes, des poissonniers et des grands-mères. Ensuite, nous avons fini notre campagne dans le kiosque à musique place de la Nation. Ce fut une véritable campagne bérurière."

Macadam Massacre

    Fin 83, les Bérus sont en studio pour leur premier album, Macadam Massacre, qui parait avec 4 pochettes de couleur différente.

    Début 84, les bérus alignent les concerts dans les squatts et les salles de la banlieue Parisienne. Pourtant l'état met peu à peu fin au règne des squatts en vidant peu à peu et en détruisant les bâtiments abandonnés.

"On habitait au squatt Vilin. Une nuit, les CRS sont descendus et nous jetés avec pertes et fracas. Ils ont balancé nos frusques par la fenêtre à 4 heures du mat'. Ils nous ont fait évacuer en caleçon, le bulldozer est arrivé et a tout rasé. Le soir, on a foutu le feu à tout ce qui restait. En face, il y avait la cité des beaufs. Là, ils fermaient les volets à 8 heures le soir tellement ils avaient reup. Beaucoup de chansons des Béruriers ont été inspirées par cette époque. Le feu était gigantesque, on a reçu les pompiers à coup de pavés. Ca a duré toute la nuit." François

Le groupe Lucrate Milk s'arrête et plusieurs de ses membres rejoignent la compagnie bérurière: Laul, Helno, Marsu.


    29 Mars 1984, envahissement d'un amphi de la Faculté de Tolbiac par les Bérus. La raison: s'il n'y a plus de squatts, autant aller faire la fête ailleurs, là où il y a du monde c'est pas mal non plus! Le concert se poursuit et de nouveau les bérus se voient protégés par leur public. Après le départ des Bérus, le service de sécurité va être plus qu'amélioré. Béru crée des emplois? Le principe est crée: le petit théâtre de la force. C'est à dire jouer n'importe où, protégé de l'intervention policière par le public. Le chat et la souris revu et corrigé par les Bérus quoi!

"Nous ne créons pas une musique de hit parade, qui se vende comme une lessive, ou un vulgaire produit de consommation. Pour nous, le rapport avec le public est privilégié."

"Nous ne voulons pas nous limiter à un circuit rock pour les concerts. Projets de concerts-théâtre, petites mises en scène, décors, lectures de textes, manifestations diverses. Le groupe a l'intention de jouer dans les hôpitaux psychiatriques pour les internés, dans les hospices de vieillards et de créer une association, Les vieux en mouvement, pour que la mort soit une fête. Projets de concerts aussi pour les handicapés physiques et moteurs, les mongoliens et les autres. A signaler que le groupe est prêt à jouer dans le monde entier et plus particulièrement pour les pays pauvres..."

Disparition de Dédé

    Voilà une nouvelle fête qui approche, un concert intitulé sobrement 1984. Mais survient le drame. Disparition de Dédé! La boîte à rythme s'envole et avec elle c'est tout Bérurier Noir qui explose! La folie se répand sur le public et les recherches se lancent.

"Je me souviens de la fameuse fois où la boîte à rythmes a été volé et de François sortant à la tête d'une troupe de furieux, cinquante mille mecs équipés de barres de fer pour chercher le pseudo voleur."

Si le concert se déroule tout compte fait (le batteur de Lucrate Milk remplaçant génialement la boîte à rythme) le problème de la boîte à rythme est toujours en suspens. Il faut la retrouver ou la remplacer! Pour ça, pas d'autres solutions que d'avoir de l'argent si bien que les Bérus décident de produire un nouveau 45 Tours.700 exemplaires numérotés à la main par le groupe sortiront!
  En sus, François fait appel à ses talents de dessinateur hérité des Beaux Arts pour éditer et placarder des affiches au sujet de Dédé...."Vive Dédé", "Dédé's not dead", "Dédé R.I.P" fleurissent dans Paris!!!!! Et une semaine après les Bérus trouvent enfin un remplaçant à Dédé, répondant au doux nom de Electro-Harmonix D.R.M.16.

    Mais 1984 est aussi l'année des Titis. Plus exactement le 19 octobre 1984, c'est ce jour là à Tours que les Bérus rencontrent pour la première fois les Titis! Mais voilà venu le temps des concerts à l'étranger (Amsterdam, Genève, Irlande) et là-bas aussi Bérurier Noir ne déçoit pas le moins du monde!

"De vieilles enseignantes se tordent les chevilles, et, ce n'est pas des conneries, j'en ai même vu une ôter sa perruque pendant que François se masquait" Loran (concert je sais plus où).

    Adieu la France alors?! C'est mal connaître les Bérus qui reviennent agiter le magma de jeunes français et surtout défendre les idéaux qui leur sont chers! Donc, concert dans un lycée autogéré (les élèves décident de leur emploi du temps) pour montrer leur intérêt concernant cette éducation parallèle et concert contre le racisme et les polices parallèles le samedi 15 décembre. Voilà l'année 84 qui se termine tranquillement... Bérurier Noir va plutôt super bien...

PORCHERIE !

    Le début de l'année 85 se symbolise tout d'abord et pour commencer par un nouvel album des Bérus Concerto pour Détraqués enregistré dans le studio WW (en fait les anciens frigos de Paris, studio hyper connu de l'underground parisien dans les années 80). Là encore, c'est acerbe, méchant et on aime ça! Euuhhhh...... Porcherie, Fils de..., Hélène et le sang sont là pour témoigner de la rage bérurière qui consume tous les faux pas et les horreurs de notre société. En marge les Bérus? En plein dedans oui!

"Tant qu'il y a du noir, il ya de l'espoir. Voilà, c'est ça qui nous donne vraiment la pêche. Quand c'est vraiment le noir, on se dit, putain, il faut bouger... De toute façon, nous, plus on est dans la merde, plus on gueule..."Premier concert pour la promotion de cet album: sur le parvis Beaubourg, au milieu de Paris et avec la discrétion que l'on adore chez les Bérus. Des fans les rejoignent, les flics aussi. Malheureusement le nombre important de touristes rend l'opération de vidage des lieux difficile... si bien que les flics resterons l'après-midi à écouter la fureur des Bérus! Puis voilà la tournée partout en France. Et là, le constat est clair, Béruriers sont vraiment les rois. Partout on les attend, Blois, Champigny, Grenoble, Lyon, Toulouse se préparent à accueillir la troupe Bérurière! Mais Bérurier n'oublie pas de rentrer au bercail de temps en temps histoire de renouer avec la rue, la vraie. Si bien que les Bérus organisent un concert sur un bus, le jour d'une manifestation pour les chômeurs. Leur défilé sera stoppé par les flics cette fois-là, à grand coup de matraque. Pour une fois que les flics ont réussi à les chopper, il laisse libre cours à leur instinct les plus bas et frappent à tout va. Mais pas beaucoup de casse du côté des Bérus et en prime une petite pub puisque l'agression trouvera écho dans pas mal de mag (dont Actuel).

 

Vivre Libre ou mourir

    Voilà que naît le label Bondage. Celui-ci est issu du même mouvement que les Bérus (le mouvement alternatif selon les médias) si bien que les bérus n'hésitent pas à sortir leur album Concerto pour Détraqués sous ce label! Le mouvement s'amplifie vite: nouveau groupe chez Bondage, nouveaux labels indépendants et pleins de fanzine qui naissent un peu partout! Le mouvement indépendant underground alternatif grossit avec à sa tête les Bérus!

"Notre grande fierté, c'est notre intégré et notre indépendance, même si cela nous empêche d'empocher des sous. De toute façon, nous n'avons pas besoin de grand luxe pour vivre" François

    Le rock, la source de revenu des Bérus? Certainement pas puisque François et Loran bosse en parallèle, le premier est manutentionnaire et le second animateur dans un centre de loisir pour enfants en banlieue. L'indépendance des Bérus s'en trouve renforcée car leur rock est naturel, pas guidé par l'appât du gain...

Joyeux Merdier

    La suite de l'année, c'est concert et reconcert. Mais personne ne se lasse, ni les fans ni les Bérus: festival Eurorock, nouvelle virée en Hollande, Toulouse (avec l'organisation SCALP (Section Carrément Anti Le Pen). Pour fêter dignement la fin de l'année 85, les Bérus sortent un nouveau maxi appelé Joyeux Merdier dedans, La Mère Noël, J'aime pas la soupe, Vive le feu, Salut à toi). La troupe bérurière s'installe avec toujours les mêmes agités mais surtout un service d'ordre bérurier.

"On a pu avoir un S.O. Ca aussi, c'est bien: plutôt que de se faire casser la gueule par le S.O. des salles, nous mêmes, on avait le notre. Ils ne nous tapaient pas...ou seulement à la fin. Il y avait un peu plus de respect." Masto

    Suivent 2 concerts: Nuit Apache dans un théâtre et qui est complètement manqué (problème de place, de sono) mais voici venir la revanche avec Revanche Indienne. Organisé dans un squatt de Paris, ce concert est LE concert de fin d'année des Bérus!

Manifeste (200 Punks attaquent la Police Baston)

    L'année 86 démarre sur les chapeaux de roue pour les bérus. C'est le moment de leur premier passage à la télé dans une émission rock Décibels diffusée sur FR3!!!! (et dire qu'aujourd'hui on a plus d'émission sur le rock à la télé, snif.L ..). Ce 23 février Béruriers diffusent sur les ondes nationales 2 clips vidéos: Commando Pernod et Salut à toi. Outre le fait d'une certaine reconnaissance par les médias, ce passage a surtout pour effet de faire connaître les bérus à tous les jeunes qui ne sont pas de l'underground, qui ne lisent pas de fanzines (tirés à si peu d'exemplaires..) (style un peu moi quoi...). Enfin, le résultat est visible immédiatement: les salles de concert où ils se produisent par la suite sont combles et remplis de jeunes ne venant pas toujours de la population undergroundaise. Mais Béru n'oublie pas ses origines et le 22 mars, il est en concert à l'Espace Galliéni pour soutenir l'association Rock à l'usine qui sent venir la fermeture de ses derniers squatts.... Bonne prévision car les forces de l'ordre (.....) viendront murer le squatt le 11 avril.... Bilan: 72 arrestations, des blessés et des voitures brûlées. Une confrontation punks/flics quoi... Suivent 3 concerts en Belgique puis vient le concert de La Mutualité: la salle est comble! 2000 jeunes dedans, 800 CRS dehors... (tous déchaînés?...)

"En 86, il y a eu le concert à la Mutualité. On a vu les 800 CRS qui étaient là. On a compris ce soir-là qu'on avait mis le doigt sur quelque chose. On dérangeait quelqu'un, les Renseignements Généraux, les flics ou les fafs. On était de trop" (hum....étonnement personnel....cher Béru, aurais-tu participé au projet X-FILES?!!!)

    Bon, n'empêche, 86 est l'année de tous les concerts pour les Bérus, au total 47 dates environs. Rien que ça!!!!!! ("Ce qui est bien mais pas top", s'iouplé les Nuls, arrêtez là...)

    En décembre la colère de la jeunesse éclate au sujet d'un projet de réforme scolaire. Et Béru est entraîné dans les tourbillons de la révolte tellement les jeunes les veulent pour porte-parole. Circulation de tracts et tout et tout... Et les Bérus tiennent bon!

"A une manif, on peut bien délirer, mettre un masque, mais quand les CRS chargent, il vaut mieux avoir un casque"

    Suit un concert (le 4 décembre) incendiaire avec 2500 jeunes enragés comme public (euh.... les normes de sécurité donne 1200 personnes max dans la salle....). Sort le 45T l'Empereur Tomato-Ketchup qui devient l'hymne des étudiants et qui est scandé à toutes les manifs! Les voilà maintenant sur NRJ où ils passent 1 heure à répondre aux questions des auditeurs. Et on devine vite quels sujets vont être abordé (racisme, isolement carcéral,...). La berumania se développe partout!!

"Moi, ce qui me choque surtout ici, c'est le papier peint. Il y a marqué NRJ partout. Il y a le bureau NRJ, l'ascenseur NRJ...L'ambiance pour travailler ici, c'est style bourrage de crâne!" François

Les voilà même invité par Patrick Poivre d'Arvor...

"C'était en plein pendant les attentats, on a pensé faire Vive le feu, c'est sympa, c'est marrant! Ils m'ont dit :

-Oh non, non, on ne peut pas, M. Poivre d'Arvor ne veut pas, ça va créer des problèmes...notre image de marque...patati patata

-Et la nôtre d'image de marque? On leur a dit 'On a bien réfléchi, on ne va pas faire Vive le feu, on va faire Porcherie'

-Quoi? Porcherie? C'est quoi? C'est pire?

-Ben oui! C'est pour ça qu'on veut le passer!" François

Euhhh.... Vous avez deviné, ça s'est pas fait.... L'année 86 se termine sur un concert à Rennes, pour les Huitième Transmusicales. Ce fut bien béru, ce fut BOn quoi!!!!!

Ramaya Fiesta

    L'année 87 commence vite avec de plus en plus de concerts avec de plus en plus de monde. Si bien que les bérus sont souvent obligés de faire plusieurs concerts dans une même ville pour satisfaire à la horde de fans qui les attendent. N'empêche, entre ces concerts bérus et leur vrai boulot la semaine, ca commence à être dur mais les bérus tiennent bon! Les médias se jettent sur l'image des bérus...et comme ceux-ci ne se prêtent pas vraiment au jeu des stars du petit écran, les gentils médias ressassent un peu les mêmes clichés et en inventent un peu beaucoup... Si bien qu'il y a certaines fois où ça dérape un peu les commentaires...... Style:

"Attitude béru: gags crétins, carabin à base de pet, de rot, de bière et de bon sens franchouillard; extrémiste dans la déglingue ou la santé; prise de tête sur la dialectique de l'alternatif en rapport à la sécurité sociale..."  C'était dans Actuel ça...

La nuit Noire

    Voilà maintenant les bérus au Printemps de Bourges signe qu'ils deviennent de plus en plus populaires. Ils obtiennent (très difficilement et après de longues négociations) que le prix de l'entrée soit rabaissée de 130 à 55 francs. Et 3000 personnes se déchaînent toute la nuit bérurière. Pourtant les bérus ne sont pas très satisfaits de ce Printemps Bourgeois parce que si le concert est un gros succès avec un grosse recette les bérus ne toucheront quasiment rien même s'ils furent tout de même les principaux instigateurs de cette réussite! Les conditions des concerts se dégradent bien des fois. Certains organisateurs, croyant accueillir des squatteurs prêts à s'épanouir n'importe où ne font même plus attention au matos fourni. Si bien qu'en Bretagne:

"Là où on logeait, il n'y avait ni lit, ni drap, les pièces étaient tellement humides qu'on a tous attrapé la crève." Masto
"Et on bouffait des chips" Laul
"Masto a préféré dormir dehors dans la cours, le patron est arrivé le lendemain et lui a demandé ce qu'il faisait là, Masto lui a répondu: 'tire toi de ma chambre!'." François

    Vu les salles de concert, vu l'accueil des organisateurs, des journalistes, les bérus décident de stopper la machine. Le halte-là est aussi proclamé et tous les concerts de mai et juin sont annulés. Toutes les propositions sont refusées. Béru s'isole et en profite donc pour enregistrer un nouveau disque Abracadaboum. Pas de budget colossal, les bérus se suffiront des studios WW pour enregistrer un album toujours aussi corrosif, toujours aussi bon aussi! Pourtant cette grève forcée révèle aussi des tensions internes au sein du béru groupe... Si Laul ou Helno préféreraient monter un vrai spectacle à chaque concert (donc beaucoup de moyens financiers, donc nécessité de grand label) François et Loan s'y oppose formellement. Si bien que Laul démissionne suivi peu après par la grande Titine qui va aller chercher des cieux plus cléments.

Le mouv'ment d'la Jeunesse

" Y en a marre. Tout ce trip bénévolat, fanzines et ghetto, ça devient franchement couillon. Il y en a pour trouver ça chouette, tant pis pour eux, nous on dénonce ce qui nous force à être dans la merde. On est contents d'avoir vécu ça, mais personne n'est fier d'y être jusqu'au cou." Laul.

    Mais cette grève forcée remet peu à peu les Bérus dans le droit chemin. Déjà, pour contrer les rumeurs et les "on dit", les Bérus créent Le Mouv'ment d'la Jeunesse qui sera leur page d'infos à eux et qui sera publié dans certains fanzines. Leur lien avec le public, le vrai, quoi! Parti à la reconquête de leur image dont les médias s'étaient emparés, les Bérus reprennent la route des concerts en débutant par un concert organisé par SOS Racisme. Le groupe peut ainsi exprimer son caractère antiracisme.

    Ainsi, si la grève forcée est une mauvaise opération financière elle a permis aux Bérus de se retrouver. Et le public ne lâche pas un groupe qui montre autant d'indépendance vis à vis de la société de consommation! C'est sur cette constatation que se termine l'année 87, en espérant que l'année 88 se passe mieux..

Le Carnaval des Agités

Voilà 88 qui commence et pour montrer au monde que béru n'est pas mort, il faut organiser le concert du siècle. L'objectif est immense, incommensurable, démentiel... c'est le Zenith. Il va falloir remplir la salle. Pourtant les bérus relèvent le défi et se préparent pour le concert événementiel du 3 mars.... Comme sponsor, les bérus refusent toutes les grosses usines à fric style NRJ, RTL leur préférant 3 radios de l'underground: Ouï Fm, Nova et Radio libertaire.

    Sans oublier les tracs, les fanzines et le bouche à oreille. Comme à l'habitude bérurière, les entrées sont fixées à 50 balles. Devant ce prix dérisoire, beaucoup crie à la folie et au suicide financier bérurier car il faudrait dans les 3000 personnes pour que le concert soit à peu près rentable...

    6800 personnes envahissent le Zénith le temps d'un concert et les Bérus sont au grand complet: François, Loran, la petite Titi, Helno, Paskal Kung-Fou, Masto, les frères Lulu, Jojo et même un magicien invité par les bérus montent sur scène pour un concert démentiel....

"On ne les voit pas les gens au Zénith. Tu ne sais pas à qui tu as affaire: c'est ça le malheur, tu n'as pas de contacts visuels. C'est 600 mètres de poils crâniens. Quel souvenir! Ouais, j('ai joué devant mille mètres carrés de poils crâniens!" Masto

    C'est tout de même l'explosion bérurière que ce concert là. En matière de rock, seul Téléphone et Indochine avait réussi à remplir la salle et à grand renfort de publicité dans les médias!!!!!! Si toute la presse reconnaît la réussite bérurière (des magazine spécialisées dans la pub analysent même la stratégie publicitaire bérurière!), l'Etat s'inquiète de cette progression. Si bien que pour le concert des bérus, les flics sont à l'extérieur et le directeur du Zenith s'est vu obligé de leur remettre les plans du Zenith si une intervention rapide (et musclée?) était nécessaire.

"Ce qui fait peur, c'est la provocation policière à l'entrée des concerts. On veut que les gens viennent faire la fête , chantent, dansent, avec des masques, des drapeaux, des confettis... Pas avec des flingues et des couteaux..." François.

Le Renard

    Le 20 avril 88, les Béruriers se voient décerné le Bus d'Acier, le grand prix du rock français!

" A la remise du Bus d'Acier, ils ont passé Les Rebelles, filmé au Zenith. Et toute la crème du showbiz était là: 'les bérus c'est super chouette! Les Rebelles c'est génial!'. Tous ces bourges, ça te fout les boules. On a été sur le podium et on leur a fait un doigt!" Loran

"La tronche du jury quand on leur a annoncé qu'on n'en voulait pas de leur Bus. Qu'ont n'en avait même rien à foutre. Récemment, il y a eu une rétrospective sur les Bus d'Acier à la télévision, quand Noir Désir l'a eu. Mais ils sont passés directement de 87 à 89, ils ont oublié 88. Ce machin n'a pas de sens. Qu'ils offrent une salle, une heure d'antenne où on fait ce qu'on veut, mais pas un objet ridicule avec tout le showbiz enfariné qui écoute Les Rebelles à fond; ça fait drôle. Si on a écrit cette chanson, c'est pas pour des mecs comme eux." François

De toute façon, le "Bus" terminera dans la caisse à outil du camion qui leur sert à transporter leur matos pour les concert. Depuis il ne donne plus signe de vie.

A Bas tous les Fascistes

    Pourtant des problèmes plus importants surgissent à l'horizon. Peu à peu, les béruriers sont assimilés par la presse à une mafia terroriste sanguinaire.... Attentat le 17 avril 1988: un groupe terroriste nommé Black War fait explosé les bureaux du président de la chambre régionale des huissiers. Cette attentat se situant juste avant les élections l'Etat mobilise ses troupes policières au maximum pour retrouver les criminels. Bien vite, la police fait une descente dans les milieux libertaires de Paris et arrête 24 personnes... dont des membres des bérus (service d'ordre)... le lien est vite fait avec le groupe des bérus et des perquisitions sont organisées dans les locaux des béruriers...

"C'était au moment du premier tour des présidentielles. On a demandé des résultats au gouvernement. Ils ont raflé 22 personnes et n'ont rien trouvé sur Black War. Seulement nos propres archives. On a prétendu qu'on avait trouvé des plans de locaux administratifs: c'était du bidon. Moi, je n'avais qu'un plan de métro!" Dom

    Bizarrement, les accusations sont abandonnées le 23 avril, les personnes arrêtées relâchées mais aucun démenti concernant les accusations qui ont porté sur les bérus n'est fourni.... Mais le mal est déjà fait et c'est maintenant les organisateurs qui annulent les concerts les uns après les autres... Pourtant la pression policière n'est pas finie et les bérus sont victimes de cambriolages, de harcèlement téléphonique... les flics font tout pour leur rendre la vie difficile. Mais les bérus ne baissent pas les bras pour si peu et sortent bientôt un nouveau 45T intitulé Ils veulent nous tuer (vous voyez à qui ils font allusion, non?!). Tous les benefs de ce disque sont d'ailleurs destinés à l'association Sampan dans le but de filer un peu de fric à toutes les assos qui se battent sur le terrain et qui ne sont pas affiliées au gouvernement! Ce disque, c'est pour les boat people, les camps de réfugiés et j'en passe.

"On se définit comme un groupe de folklore de la zone mondiale, qui commente l'actualité et envisage la culture de façon globale. On défend les droits de l'homme partout. Comme des reporters autonomes." François

 

Mister Toubon est un couillon

    L'activité scénique des Bérus s'est réduit depuis l'affaire terroriste. Mais voilà que se profile à l'horizon un petit concert sympa dans le treizième arrondissement. Entrée pas chère, bon matos, tout est réuni pour que la fête bérurière batte son plein! Erreur, les bérus vont découvrir qu'un trac circule dans les milieux industriels de Paris, avec le logo de la mairie de Paris ou même de la région Ile de France qui disent sponsoriser le concert!!! Une conférence doit même être organisée sur le thème du rock alternatif français! Apprenant ça, les bérus ont vite fait de passer le mot aux autres groupes qui devaient jouer ce soir-là. Et lorsque mister Toubon viendra le soir dans la salle, il sera tout surpris de voir la salle vide. La distribution de trac bérurier à l'entrée, expliquant le pourquoi du comment, a fait rentrer chez eux tous les fans. De toute façon, les bérus n'allaient pas jouer. Perdu, m'sieur Toubon!

   Les bérus partent alors au Quebec, histoire de faire une tournée plus qu'attendue là-bas. Rien à dire sur ces concerts qui eux ne connurent aucun problème de récupération ou de manipulation (tradition bien française)!

    Retour en France, retour des problèmes pour les bérus! Bondage fait des siennes en modifiant le contrat des bérus (encore un peu moins de sous pour eux) et tout cela pour financer une boutique où se vendent des produits Bondage alors que les bérus lui auraient préféré une salle de discussion, de rencontres, plus dans leur esprit... En plus, les bérus mettent leur nez dans les comptes de Bondage pour s'apercevoir que tout n'est pas vraiment net ces dernières années!

    Rien à dire, l'année 88 ne présage rien de bon tellement les bérus rencontrent de problèmes. Pourtant ils sont toujours debout!

 

Souvent Fauché toujours Marteau

   L'année 89 commence par un grand ménage au sein des bérus. Oh non, on ne vire personne, seulement les tâches sont bien définies entre chaque membre pour une meilleure efficacité! Puis, deuxième étape, les bérus se penchent sur l'idée d'un nouvel album...bien nécessaire! Puis avril annonce la reprise de la tournée! Outre les bérus on commence à parler de groupes comme la Mano Negra, les Négresses Vertes, les Wanpas. Surtout que ceux-ci rejoignent bientôt de gros label style Virgin pour la Mano... Un groupe de Bondage, Les Satellites, commencent lui aussi à devenir populaire. Et plus il devient populaire plus son exigence monétaire augmente si bien que Bondage se voit bientôt obligé de laisser filer le groupe chez Virgin... Pour exemple, le dernier clip des Satellites a coûté 600 000 francs contre 250 000 pour le dernier album des Bérus, Souvent fauché toujours marteau! Alors que ce sont les bérus qui ont financé le premier album des Satellites, ceux-ci mettent en danger le label indépendant avec leurs dépenses inconsidérées et le lâche dès qu'ils sont insatisfaits. Chez les bérus, la colère gronde! Mais Bondage s'est endetté avec Les Satellites si bien que les bérus ne trouvent plus leur compte (mais alors plus du tout) dans le financement proposé par Bondage. Qui leur laisse quelques miettes des benefs des albums... Alors les bérus veulent partir. Seulement Bondage dit non (sinon il meurt) et garde jalousement les bandes sonores du dernier album des bérus! C'est le procès, inévitable... La presse se fait l'écho de ces problèmes, et entrevoie déjà la proche fin du mouvement underground... "Rock: l'alternatif tourne un boudin" est un exemple de titre.... parmi 100 000!

Alors la décision s'impose au bérus comme la seule solution possible et ils décident de tout arrêter. Ils sortent enfin leur dernier album Souvent fauché toujours marteau!. Et enchaîne la tournée d'adieu: la Suisse, le Quebec et le retour en France. Pour LES concerts d'adieu de l'Olympia (9/10/11 novembre 1989). Non ce n'était pas des concerts, pas des fêtes, pas des enterrements, c'était tout ça à la fois et bien plus encore. Ce n'était pas un constat morose de la fin d'une époque mais bien un message, une prière que tout peut continuer même sans les bérus. Ils nous laissent des supers images, des idées par milliers. Une volonté, un déterminisme qu'aucun groupe n'a su égaler jusqu'à présent.

Mais surtout, les bérus, c'était BiEn, c'était bOn, c'était la jOie!

Sur Salut à toi, j'ai pleuré parce que je ne pouvais pas m'en empêcher. Pour les gens c'est triste. Mais c'est bien qu'on arrête parce qu'on a fait ce qu'on avait à faire. Comme disait Loran: à vous de jouer, c'est la relève qui doit prendre le pas!" François

    Et quand je vois Le Pen qui passe encore à la télé, alors que les chaînes ont dû jeter les bandes où figuraient les bérus, je me dit :

 

Porcherie!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

 

ils veulent nous tuerLes bérus sur les toîts